Daniela Ruah interview par "Backstage", le 28 Avril 2011 par Melinda Loewenstein:
Daniela Ruah se livre sur NCIS Los Angeles : elle est très proche de son rôle dans la mesure où Kensi (forte et vulnérable) a grandi dans différents endroits du monde et parle plusieurs langues comme elle. Née à Boston, ses parents sont partis au Portugal quand elle avait 5 ans. C’est là-bas qu’elle a vu une annonce pour un rôle dans un soap-opéra, à 16 ans, et c’est ainsi qu’elle a commencé sa carrière d’actrice, sans agent ni personne d’approchant. Le salaire était minuscule, et rien n’était prévu pour les études des jeunes comédiens, donc elle a vraiment galéré pour garder ce job qu’elle adorait et mener de front le lycée. Il n’y a eu qu’un seul arrêt dans sa carrière, après sa victoire dans le « Danse avec les stars » portugais en 2006, pour suivre des études d’art du spectacle à Londres. Elle ne voulait pas abandonner la danse, persuadée, à bon escient, que c’était une excellente école pour être acteur, à la fois par la perception de son corps dans l’espace, le maintien (au sens de « se tenir droit...) et la forme physique exigée. Ce qui lui sert d’ailleurs dans NCIS LA, où elle exécute 99% des combats elle-même ; elle trouve qu’ils sont entourés par des gens supers qui les aident et les encouragent à faire les cascades eux-mêmes, ce qui simplifie le travail du caméraman et du réalisateur. Les parties dangereuses sont assurées par une doublure, quand même.
Daniela adore ces cascades ; elle en sort couverte de bleus de la tête aux pieds la moitié du temps, et bien sûr elle doit enchainer avec une scène où elle est en jupe : zut, il faut mettre du maquillage sur la totalité des jambes pour les cacher ! Elle a pris des cours de combat pour les cascades, mais estime que la danse lui a grandement facilité cet apprentissage : en lui apportant la conscience de son corps et de l’espace autour, et le corps lit alors le mouvement comme on lit des mots écrits sur une page de livre. Et de la même façon qu’on n’a pas toujours besoin de lire entièrement un mot pour le reconnaître, son corps sait ce qu’il doit faire quand il attaque un coup de pied/demi-tour. Elle recommande donc à tous les acteurs de se former à la danse, cela fait une vraie différence.
Après la fac, Daniela est retournée au Portugal, et sa carrière a décollé. Mais elle voulait retourner aux Etats-Unis afin de travailler à l’échelle internationale. Elle a donc pris le risque de tourner le dos aux offres de travail qui lui étaient faites au Portugal, et elle est partie à New-York. Pendant qu’elle se cherchait un agent, elle a continué à se former, parce qu’elle est persuadée que continuer à apprendre nourrit son travail d’actrice. Dans ce métier, on peut jouer tellement de personnages différents, faire des choses dont on n’a aucune idée à titre personnel, que s’appuyer sur une formation solide et continue, c’est comme avoir un réservoir à créativité dans lequel on peut puiser, mais qu’il faut aussi toujours remplir.
Pour essayer de se faire un nom, elle a mis photos et curriculum sur tous les sites fiables possibles. Pour les séances photos, elle a toujours voulu y mettre le prix, parce que l’argent économisé par des photos au rabais ne compensera jamais le mauvais effet produit.
Son but ultime a toujours été de trouver du travail aux USA. Maintenant qu’il est atteint, elle reconnaît que les soap-opéras antérieurs ont été utiles. Toutes les pages à retenir, les heures interminables de tournage, ont été une bonne école de la discipline, et un entrainement efficace.
Ruah a passé l’audition grâce à son agent. Elle voulait en faire le plus possible pendant la saison des pilotes. Mais l’audition a été un cauchemar. Elle a oublié son texte, et moins elle se rappelait, plus elle devenait nerveuse. Et les directeurs du casting lui disaient « respire »...
L’audition comprenait aussi une scène d’action, avec une arme, elle devait parler dans un micro accroché à son poignet, et les seules directives étaient de se déplacer dans la pièce. Elle avait joué le jeu à fond, parce que si on se sent idiot et qu’on se retient, alors on a vraiment l’air idiot. Elle avait terminé en se disant que cela avait été la pire audition de sa vie. Mais quelques jours plus tard, son agent l’avait appelée : Los Angeles voulait la revoir. Elle a pris l’avion pour une journée de tests, puis se disposait à reprendre la route de l’aéroport ; elle attendait son taxi ; quelqu’un est sorti, la serré dans ses bras et lui a dit qu’elle avait le rôle (non officiellement). Elle a attrapé son téléphone et appelé sa mère au Portugal (où il était 2 heures du matin). C’était le virage de l’étudiant –acteur en galère à l’obtention d’un job !
Cette expérience met en lumière ce qu’elle a appris au long du chemin : quand on va passer une audition, il ne faut pas s’y cramponner, parce que peu importe qu’on sente qu’elle s’est bien passée, ou très mal, on ne peut jamais savoir ce qui va en sortir. Et il faut s’attendre à un non. Même si on est très bon. Aucun acteur n’a commencé directement au sommet de l’affiche. Tous ont entendu des millions de « non » avant un « oui ». Et après le premier « oui », il n’y aura pas forcément d’autres « oui ». Il y a trop de choses qui ne dépendent pas de vous. Il faut seulement donner le meilleur de soi, et laisser faire les choses.
Traduction Par Mothetty

